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VOS MAGASINS
Médusez

Silhouettes ectoplasmiques hantant les fonds marins depuis des millions d’années, masses gluantes urticantes redoutées des vacanciers, les méduses restent encore aujourd’hui un mystère pour les scientifiques.

À l’occasion de l’exposition que leur consacre Sea Life, ‘Les méduses : fantômes des mers’, plongeons à la découverte de ces êtres primitifs, inquiétants et fascinants.



Gorgée comme une tomate

96 % d’eau… et seulement 4 % de matières solides composent le corps des méduses, soit peu ou prou l’équivalent d’une tomate ! Elles se déplacent au gré des courants marins, en contractant les muscles de leur corolle ou encore grâce au vent, comme Physalia physalis qui possède un flotteur qu’elle peut gonfler et dégonfler à volonté. Redoutables prédateurs, les méduses chassent en prenant au piège dans leurs tentacules des larves de poisson ou du zooplancton (animaux microscopiques), mais certaines espèces peuvent ingérer des proies faisant jusqu’à trois fois leur taille. Les méduses jouent ainsi depuis 600 millions d’années le rôle de régulateur des populations marines. Elles peuvent être minuscules, de l’ordre de quelques microns, ou géantes comme Chrysaora, qui atteint 6 m de diamètre et dont les tentacules mesurent jusqu’à 18 m. Certaines méduses de l’arctique possèdent des tentacules de plus de 40 m, de quoi donner des sueurs froides aux pingouins et autres phoques croisant dans ces eaux.


Certaines espèces sont des tueurs en série

Les piqûres de méduse sont dans leur grande majorité douloureuses mais inoffensives. En cas de piqûre, commencez par nettoyer la plaie à l’eau de mer, sans frotter. En effet, la plupart des cellules urticantes sont accrochées à l’épiderme mais n’ont pas éclaté au premier contact. Pour les retirer, les pêcheurs ont une astuce : déposer du sable sur la plaie, puis le retirer très délicatement avec une carte plastifiée. La plupart des cellules urticantes, mélangées au sable, s’en iront en même temps que lui. Les piqûres de méduse ne doivent pas être prises à la légère dès lors qu’elles sont situées sur le visage ou à la poitrine, car l’effet paralysant du venin s’avère alors très dangereux. Et d’un point de vue esthétique certaines cicatrices peuvent laisser des traces indélébiles.

Enfin, si vous êtes en vacances à l’étranger, renseignez-vous au préalable et dotez-vous si nécessaire d’anti-venin, car certaines espèces locales peuvent s’avérer redoutables.

Persona non grata

Sur le littoral français, on observe chaque année des concentrations de méduses de plusieurs centaines de milliers d’individus. La Côte d’Azur est plus particulièrement touchée, avec des années noires comme cet été 2007 où les Pelagia noctulica ont débarqué sur la Croisette, contraignant la mairie cannoise à mettre en place des filets pour protéger les estivants. Les méduses s’en prennent également à d’autres acteurs de l’économie marine. Au large des côtes du Japon, on assiste depuis 2005 à des concentrations impressionnantes de méduses d’Echizen, géantes de plus de 200 kg, qui dévastent la faune marine et se prennent dans les filets de pêche par centaines, les faisant rompre sous leur poids. Des centrales nucléaires en Suède, au Japon, et même plus près de nous la centrale de Gravelines dans le Nord, ont même failli être arrêtées à cause de méduses qui s’étaient infiltrées par milliers dans leur circuit de refroidissement.


Elles adorent la pollution

Si la pullulation des méduses n’est pas nouvelle – Aristote en faisait déjà l’observation dans ses notes –, force est de constater que le phénomène s’intensifie depuis une dizaine d’années. Les scientifiques ont identifié plusieurs causes à ce phénomène. Le réchauffement des océans, qui stimule son activité sexuelle et étend son habitat beaucoupplus loin vers le Nord, la pollution des eaux (engrais, hormones) qui favorise la reproduction du zooplancton dont elles se nourrissent, mais aussi la surpêche qui prive les méduses de prédateurs et de concurrents. Les thons, dont elles sont l’une des friandises favorites, tendent à disparaître en Méditerranée. D’autres prédateurs comme les poissons-lune, les balistes et les tortues de mer se raréfient également. Les sardines, anchois et harengs qui, comme les méduses, se nourrissent de zooplancton, voient quant à eux leurs populations menacées par l’envahisseur silencieux.


Salade de méduse ?

Les chercheurs du monde entier se sont penchés sur la question : comment réguler les populations de méduses et éviter que ces rassemblements estivaux se transforment en catastrophe naturelle ? Gabriel Gorsky, chercheur pour le CNRS à l’observatoire océanographique de Villefranche-sur-Mer, suggère la plus simple des réponses : “Pour mettre fin au problème des méduses sur la Côte d’Azur, il suffirait de les manger”. Une idée saugrenue ? Pas tant que ça, quand on sait que la méduse est un mets apprécié des Chinois et des Japonais qui les consomment en salade.

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