Dans son célèbre roman Le Parfum, Patrick Süskind écrit : “Qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur de l’humanité.” En parcourant l’histoire du parfum, vous découvrirez que le parfum enchante autant les Hommes que les Dieux.
À son origine, le parfum a longtemps eu une dimension religieuse. Chez les Égyptiens, il était utilisé pour communiquer avec les dieux et permettait au défunt de rejoindre l’au-delà. Le rite funéraire de l’embaumement nécessitait ainsi d’importantes quantités de myrrhe et autres onguents. Le parfum était alors un moyen pour le défunt de se rapprocher des dieux en échappant au pourrissement de son enveloppe charnelle. Fabriqué à l’époque à partir de fleurs (lotus bleu, iris, marjolaine) ou de résines comme celle du pistachier (térébenthine) ou du balsamier (myrrhe), le parfum était également utilisé pour ses vertus médicinales ou son pouvoir de séduction(1).
Une légende qui remonte à l’Antiquité
Grâce à leurs relations maritimes, l’Égypte et l’Orient ont transmis aux Grecs, Crétois et Phéniciens leur science du parfum. Les Grecs importeront ainsi les matières premières nécessaires et deviendront même experts dans la fabrication des produits parfumés. Si le caractère sacré demeure, les Grecs, marqués par le culte du corps, découvriront vite l’intérêt du parfum en matière d’hygiène corporelle. Constat qui ne peut s’appliquer aux barbares ! Leurs coutumes, en effet, ne seront pas favorables à l’usage du parfum.
Il faudra attendre la réouverture des routes commerciales
romaines pour les croisades ou la découverte de nouvelles civilisations lors des grands voyages de Marco Polo pour que l’engouement renaisse. À la fin du Moyen-âge et à la Renaissance, le parfum sert essentiellement à camoufler les effluves indélicats. Passé d’un support solide à une forme liquide, le parfum doit être fort et tenace pour parvenir à dissimuler les odeurs corporelles. L’ambre, le musc et le jasmin font le plus souvent partie des compositions de l’époque. Le parfum se décline également en décoctions appelées ‘eaux de senteurs’. Destinées à être ingérées, elles étaient appréciées pour leurs vertus thérapeutiques. Avec le Siècle des Lumières, le parfum capiteux laisse place aux senteurs délicates. Au 18e siècle, on parfume le corps, les vêtements et même les accessoires, notamment les cuirs. Déjà reconnue comme un modèle de raffinement à
travers l’Europe, la France devient alors le pays des grands parfumeurs, succédant ainsi à l’Italie. La région de Grasse, à la situation climatique privilégiée, s’oriente vers la culture des matières premières puis vers la fabrication de parfums. Paris prend la tête du commerce des produits parfumés.
Quand la science prend le pouvoir
Progrès techniques, développement de la chimie organique et des premiers produits de synthèse, fabrication en série, apparition des grands magasins... À la fin du 19e siècle, la parfumerie connaît un véritable bouleversement, tant dans ses métiers que dans ses produits. Les parfums prennent ainsi de nouvelles formes : sels de bains, sachets pour les armoires à linge, pastilles à brûler...
Le vaporisateur fait également son apparition en 1870, facilitant l’usage des préparations parfumées.
Découvrez vite la suite de cet article,
dans votre magazine Destination 12
(1) Les techniques de production étaient rudimentaires et le seront jusqu’à la fin du Moyen-âge. Les produits étaient broyés, bouillis, imprégnés de matières grasses. Les écorces, les racines et les matières animales (comme le musc) servaient alors de base. Le premier grand bouleversement aura lieu à la Renaissance avec le perfectionnement de l’alambic et un système de refroidissement facilitant la distillation, puis avec la découverte de l’alcool éthylique qui donnera au parfum un autre support que les huiles ou les graisses.