Véritable phénomène de société au Japon, la vague manga déferle depuis 20 ans sur la France où ses adeptes sont de plus en plus nombreux. Pour vous, Destination revient sur l’histoire de cette bande dessinée née au pays du soleil levant.
À l’origine, le mot japonais ‘manga’ se compose de ‘ga’ qui désigne la ‘représentation graphique’ ou ‘l’image dessinée’, et ‘man’ qui signifie ‘divertissant’, ‘sans but’ mais aussi ‘au fil de l’idée’. Le mot ‘manga’ peut donc être interprété comme ‘dessin au trait libre’, ‘esquisse au gré de la fantaisie’ ou ‘image malhabile’. Ce n’est qu’au cours du 20e siècle, fort de sa popularité, que le manga prend le sens de ‘bande dessinée’.
Aujourd’hui, on estime que 60 % des japonais, toutes classes sociales et toutes générations confondues, lisent au moins un manga par semaine. Un chiffre qui donne le vertige ! Mais la France n’est pas en reste. Depuis 2006, notre pays est devenu le plus gros consommateur de manga au monde après le Japon avec plus de 13 millions d’exemplaires vendus.
Histoire à double sens
Outre leur graphisme très identifiable, les mangas possèdent une particularité par rapport aux bandes dessinées occidentales. Ils se lisent en sens inverse, c’est-à-dire de droite à gauche, sens de lecture japonais. Si la majorité des éditeurs français ont aujourd’hui adopté ce sens de lecture atypique, pour des raisons à la fois économiques et de respect de l’œuvre, cela n’a pas toujours été le cas. Certains d’entre eux ont longtemps retourné les images, créant ainsi des incohérences dans la narration. D’autres les ont réadaptés aux standards d’écriture occidentale, modifiant la mise en page et parfois même certains éléments graphiques.
Au Japon, la bande dessinée n’est pas un marché de niche comme il peut l’être en Europe ou en Outre Atlantique. Le manga est un véritable phénomène de masse qui génère une activité économique considérable. Sa popularité est à l’origine de succès historiques comme celui des 42 tomes de Dragon Ball qui se sont écoulés à plus de 250 millions d’exemplaires dans le monde. Le manga dépasse ainsi les plus grands succès enregistrés pour la BD européenne comme Les aventures de Tintin et Milou d’Hergé, dont les 24 albums ont tout de même été édités à 200 millions d’exemplaires.
Les mangas s’inscrivent dans un modèle économique inédit. Rarement édités directement en volumes reliés, les mangas sont d’abord publiés de façon fractionnée dans des ‘magazines de prépublication’(1). Bon marché, ces revues sont diffusées à plusieurs millions d’exemplaires et se lisent à peu près partout (transports en commun, cafés...). À l’image de la presse gratuite en France, les magazines, une fois lus, sont laissés à disposition sur les sièges du métro ou les tables des restaurants, favorisant ainsi la lecture du même magazine par un grand nombre de personnes.
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(1) Revues spécialisées dédiées au manga. Certains magazines de prépublication comme Weekly Shönen Jump, Weekly Shönen Magazine, ou encore Shönen Sunday, atteignent couramment les 400 pages hebdomadaires. Au sein d’un même numéro, les pages changent parfois de couleurs pour permettre de distinguer rapidement les différentes histoires.